ADL 2025 – Chapitre 2

 Taurion se réveille dans sa cahute, la tête lourde et embrumée. Il se redresse sur sa paillasse, son visage émerge au milieu d’un tas de bouteilles vides. L’odeur âcre du vin, le tintement des verres en terre cuite qui roulent sur le sol et résonnent comme un tonnerre dans ses oreilles… Il prend une grande inspiration, sans doute, la pire respiration de toute sa vie !  Fatigue, migraine, courbatures, confusion. Le souvenir charnel d’une présence lui traverse l’esprit, mais ce matin, seule la moiteur de sa piaule est là pour lui tenir compagnie… Il balaie du regard la pièce dans lequel tient toute sa vie : une cruche décorée sur sa table à manger, un braséro en bronze noirci, de la vaisselle en terre cuite, quelques meubles, du linge grisonnant… Soudain, il aperçoit sur le volet en bois clair de sa fenêtre, un message écrit au charbon. Taurion écarquille les yeux, se frotte le visage et se lève pour aller voir. Une gourde à moitié consommée l’attend sur le rebord de la fenêtre.

 “Retrouve-moi ce soir à l’Exodos, quartier du Labyrinthe. Persifa.”

 Persifa ? C’est donc son nom. Il saisit la gourde, retire le bouchon en liège et renifle le parfum qui s’en dégage. L’odeur sucrée et corsée du vin lui fait revenir les souvenirs de la nuit dernière : les rires, la musique, les discussions animées, cette présence charnelle contre son corps… Taurion secoue la tête. Ses souvenirs sont encore trop confus pour le moment ! 

 Il remonte le volet de bois et installe la cale sur le côté. Dehors, la vie a repris son cours quotidien, comme si la nuit magique de la veille n’avait jamais eu lieu. Le concert du Picube, sa rencontre avec Persifa, sa nuit de beuverie… évaporés dans l’absurdité du matin. Un mystérieux sourire demeure sur le visage de Taurion. Le jeune homme prend le jour, triomphal comme un lion, pendant que les rayons du soleil réchauffent son corps encore endormi. Son appartement au premier étage offre une superbe vue sur la ville en contrebas.

 Au loin, les chants matinaux des vestales se font entendre pour célébrer les premières heures de la journée. Les harmoniques des chanteuses s’élèvent des temples gynéens qui constellent la ville de leurs splendeurs imposantes. La performance des prêtresses marque le début d’une nouvelle journée de travail.

 Le jeune homme se redresse, attrape la cruche en bois de chêne décoré sur la hanse d’une tête de taureau. Il puise l’eau d’un tonneau situé dans le coin dans son appartement puis se dirige vers sa console sur laquelle l’attend sa toilette. Il déverse l’eau dans une bassine en terre cuite, se débarbouille le visage et le corps à l’aide d’une éponge usée. Taurion tire une petite onction d’huile parfumée au laurier d’une modeste flasque décorée. Il s’en imbibe le cou, les bras, se renifle par-ci par-là. Satisfait, il trouve dans sa commode une tunique beige en laine usée puis cherche dans toute la pièce sa ceinture et ses sandales en cuir. 

 Dans le couloir commun mal éclairé de son insulae, les odeurs humides et malodorantes flottent dans l’air. Les cris du voisinage se font déjà entendre de si bon matin. D’un côté, un couple en pleine crise de nerfs se dispute. De l’autre, un résident fait frire de la tripaille de mouton pour toute une semaine. Un escalier en grès relie les différents étages de la bâtisse. Au rez-de-chaussée, un corridor donne sur les arrière-boutiques des commerces exposés directement sur la rue. La porte d’entrée près de la chambre du janitor mène à l’area, et à l’impluvium. La cour intérieure est jonchée d’amphores et de ballots de marchandises. Une dernière grille en fer sépare Taurion de l’extérieur mais juste avant de mettre le pied sur le pavé usé de la voie publique, le jeune homme se rend compte qu’il a laissé sa gourde de vin dans son appartement. Hors de question de partir sans !

 Taurion rejoint l’artère principale de la ville qui va de la porte sud au forum principal de la ville. Marchands, carrioles et bêtes de somme transportant diverses marchandises abondent vers l’intérieur de la ville pour fournir les marchés en produits en tout genre. Le jeune homme zieute, cherche, repère rapidement le plaustrum idéal pour s’y installer. Il saute sur le plan de transport et se cale entre deux cageots de navets. Taurion salue le vieux conducteur aux épaules bronzées qui se retourne à peine. Face à lui, les bœufs du véhicule suivant le toisent de leurs grands yeux vides, interrogateurs… presque inquisiteurs. Vexé, Taurion leur retourne un regard courroucé : sa terrible colère se traduit par deux sourcils froncés, un plissement des yeux et des épaules rehaussées.

 — Eh, le gamin ! Laisse mes bœufs tranquilles ou je t’en fous une ! lui gueule la meneuse de bœufs. ”

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